Association La SEVE

Comment créer du lien avec ses légumes ?

 

Edito

liseron

Liseron

La permaculture nous propose de regarder le monde autrement. Elle nous offre la possibilité de mettre notre bon sens en avant, celui du petit enfant que nous étions, qui savait jouer avec un morceau de ficelle et un bout de bois pour devenir le personnage fantastique dont il rêvait éveillé, tout au long de cet après-midi là. Plus j’étudie et plus je pratique la permaculture, plus les choses deviennent simples et réalisables. Ce sentiment m’est revenu à l’occasion d’un petit séjour chez notre ami Hervé Covès. Alors que je m’étais proposé de tutorer ses pieds de tomates, je luttais pour “désherber” ce liseron qui prenait un malin plaisir à entourer et contenir solidement tous les végétaux alentours, rien que pour m’embêter ! Mais, “il n’y a pas de contraintes, que des opportunités”, et n’ayant pas de lien ou de ficelle, je compris vite que la solution était devant moi : se servir du liseron pour que les tomates d’Hervé prennent le soleil. Plusieurs mois après, les tomates avaient donné leur beaux fruits et les pieds étaient toujours solidement attachés…
Afin d’aller plus loin dans cette réflexion, la SEVE a souhaité donner la parole à Christophe Hermier. Ce que nous propose Christophe dans ce texte est un récit de vie qui nous donne à réfléchir bien plus largement à nos actes du quotidien et nous donne à repenser notre vision du jardin…

Charles Peyrouty

Une richesse naturelle

Quand on parle de l’importance des plantes dans notre vie, on pense avant tout aux végétaux que l’on mange, un peu à ceux qui nous soignent mais pas tellement aux fibres.

Un jour, alors que je plantais un noyer, au moment d’attacher l’arbre à un tuteur pour éviter que le vent ne le fasse pencher, je me suis rendu compte que je n’avais rien qui puisse faire office de lien pour un arbre.

ronces

Ronces

 Il y avait quelques ronces dans la haie juste à côté. J’en ai pris quelques morceaux que j’ai enroulés ensemble et noués autour de l’arbre et de son tuteur.

Il n’y avait rien d’incroyable me direz-vous, sauf qu’à cet instant, je n’ai pu m’empêcher de penser que si quelqu’un m’avait vu, il aurait certainement trouvé mon comportement “bizarre”.

Alors, pourquoi avoir utiliser ce lien? Ce n’était pas de la fainéantise et, à bien y réfléchir, je me suis rendu compte que ce qui m’aurait paru bizarre, à moi, ça aurait été de monter dans ma voiture, de faire 10 Kms jusqu’à la jardinerie la plus proche pour y acheter des attaches en plastiques.

Du plastique, pour quoi faire ?

Il ne s’agit pas ici des 10 petits kms qui me séparent de la jardinerie, mais plutôt de cet automatisme à se servir du plastique ! Du plastique dont la production nécessite de forer un puits de pétrole dans un pays lointain, de transporter ce pétrole dans un super tanker jusqu’à une raffinerie qui en tirera (entre autres) le naphta qui sera transformé dans une usine qui produira, probablement sous forme de granulés, le plastique. Dans le meilleur des cas, ces granulés seront ensuite directement acheminés dans l’usine qui fabrique les attaches. Les attaches partiront en camion vers un entrepôt, puis de là seront amenées au magasin qui fournira de quoi attacher nos arbres, car l’arbre c’est la vie !

Les attaches en plastiques sont certainement plus solides que la ronce que j’ai utilisée, mais un arbre est-il fait pour être tuteuré toute sa vie ? Au bout de trois ans, mes attaches en ronces sont toujours en place et si je veux la remplacer je n’ai que quelques mètres à faire. J’aurais pu me donner bonne conscience en allant acheter une attache en caoutchouc recyclé me direz-vous… Car si c’est recyclé, c’est que c’est écolo !

Je ne vais pas vous raconter ici la vie des hévéas, ni les multiples étapes nécessaires à la création de ces attaches, ni vous parler du coût énergétique du recyclage, ce serait certes passionnant mais un peu triste. On peut imaginer sans peine que l’impact environnemental serait tout de même plus important que celui d’une simple ronce de mon jardin dont je gère l’évolution en attachant des arbres.

Il ne s’agit pas ici de vous suggérer de vivre dans des huttes et de porter des mocassins en écorce de bouleau (même si ça doit avoir une certaine classe des mocassins en écorce de bouleau), j’attire simplement votre attention sur l’usage des plantes banales, parfois détestées, pour réaliser des attaches dans votre jardin. Pourquoi utiliser des clips en plastique d’une durée de vie de plusieurs siècles dans le but d’attacher à leurs tuteur des pieds de tomates qui ne dureront qu’une saison ?

Un autre regard

volubilis

Volubilis

Un exemple désormais connu d’association intelligente et esthétique consiste à semer des volubilis à l’endroit où sont plantés les pieds de tomates… ils s’attacheront même tout seuls. Il est aussi possible de remplacer le tuteur solide par un système où on attache les pieds à une corde : la corde peut être matérialisée par une ronce (ou plusieurs grossièrement tressées), une clématite des haies, une tresse de lierre, etc. Il n’y a donc pas besoin d’acheter un lien en plastique, vous l’aurez compris ni même de prendre une corde en sisal (sauf si le sisal est ce qui pousse à côté de chez vous).

La clématite des haies est ce qu’on appelait, quand on était gosses, mes cousins et moi, des lianes. On aimait bien se prendre pour Tarzan et s’y suspendre. C’est du solide. Et c’est une plante plutôt banale. Dès le début de l’hiver, on la repère facilement grâce à ses graines caractéristiques.

Le lierre est souvent un peu cassant. D’après mon expérience on obtient des tiges nettement plus flexibles en récoltant le lierre qui rampe au sol que celui qui s’accroche aux troncs ou aux murs. Il est souvent nécessaire de le tresser pour avoir une bonne souplesse et une bonne solidité. La durée de vie sera nettement plus faible que celle d’une ronce. Ce n’est ni bien ni mal, c’est simplement le genre de question que vous devez vous poser pour mieux choisir le lien selon l’usage que vous voulez en faire.

La pervenche peut faire des liens très fins et plutôt esthétiques.

saule pleureur

Saule pleureur

Les jeunes branches de saules (et pas seulement celles de l’osier même si ce sont les plus longues) peuvent servir à de multiples usages. 

On peut citer ici le livre “Les trognes, l’arbre paysans aux mille usages” de Dominique Mansion : “Au début des années 1950, dans la vallée du Cher, les vignes étaient encore ligaturées avec des brins d’osier prélevés au bout des rangs. Les tiges d’osier pouvaient lier les sarments taillés de la vigne, les fagots, les bottes de légumes des maraîchers, les gerbes de blé.”

Plus on explore cette fonction de “lien” plus les végétaux s’offrent à vous : les joncs, les laîches et certainement encore bien d’autres auxquels je n’ai pas pensé ou qui ne poussent pas dans ma région mais peut être dans la vôtre.

Il n’y a pas que les tomates ou les jeunes arbres qui ont besoin de liens au jardin : on peut attacher les framboisiers, les glaïeuls, certains rosiers, les salades ou les cardons que l’on veut faire blanchir, etc.

Autant d’occasions de regarder autour de soi et de récolter des fibres qui poussent à portée de main.

Christophe Hermier / La SEVE


Pour aller plus loin :

Les trognes, l’arbre paysan aux mille usages. Dominique MANSION, ISBN 978-2-7373-4884-6

Et si l’idée d’utiliser tous ces végétaux de façon plus élaborée vous titille, allez donc voir du côté de la vannerie “sauvage”, “nature” ou “bucolique” par le biais de votre moteur de recherche préféré ou grâce au magazine Le lien créatif

Crédits photos :

www.pixabay.com – Merci à Walti Goehner, Hans et Dezalb pour leurs belles photographies.

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