Association la SEVE

Une serre-pépinière commune peu commune

Dans son ancienne orthographe française, le mot « Nursery » avait l’avantage de pouvoir se confondre avec le mot anglais « Nursery » qui veut aussi dire pépinière. C’est donc bien d’une petite « nurserie » pour végétaux dont il s’agit ici. La pépinière était autrefois l’endroit où était semé en rang – souvent en pleine terre – les noyaux et pépins des végétaux que l’on voulait reproduire. Le projet de serre-pépinière développé à la Ferme de la Cure répond à un besoin de produire nos propres graines et de prendre soin de plants, ces petits végétaux issus de notre production. Afin de nous y retrouver dans ces quelques lignes, les [principes] permacoles mis en oeuvre sont mis entre crochets au début de chaque petite explication.

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[Un élément, plusieurs fonctions]

La serre-pépinière a pour objectif d’abriter les productions destinées à être replantées dans le potager pédagogique de la Ferme de la Cure. Ces productions ayant elles-mêmes pour vocation d’être partagées entre les personnes de l’équipe de la SEVE, les adhérents et avec toute personne qui en aurait besoin et qui passerait par la ferme. Les productions de la pépinière sont aussi vouées à repartir vers d’autres lieux dans lesquels l’association la SEVE intervient, c’est-à-dire les écoles (presque un millier d’enfants sensibilisés en 2018), les lycées d’Île-de-France (6 classes cette année), les Jardins Humains (6 en 2018) et autres endroits où la SEVE intervient de façon ponctuelle. L’idée est de maîtriser la qualité des plants d’un point de vue génétique, notamment dans un but d’adaptation au territoire. L’enjeu est aussi de garantir l’absence d’intrants chimiques.

Cet espace de culture pour « bébés-plantes » est aussi accessible aux adhérents qui souhaitent apprendre et profiter de cet endroit pour leurs propres plants. Chaque éco-jardinier des Jardins Humains a aussi accès à la serre-pépinière pour produire et reproduire les plantes qu’il mettra en culture sur son propre site.

[Définir le besoin]

Avant de se lancer dans une courte analyse des principes constructifs de la serre-pépinière, voyons ici quels sont les paramètres à prendre en compte. Il s’agit de faire pousser des végétaux dans un espace délimité. La question est donc de savoir quels sont les besoins de ces plantules afin de germer et de se développer dans les meilleures conditions. Un végétal a en général besoin de chaleur et d’humidité. La lumière est elle aussi un facteur important à maîtriser. L’usine photosynthétique qu’est la plante a besoin de lumière pour fabriquer des sucres et grandir. Toutefois, à son jeune stade, un excès de lumière peut aussi lui être fatale. L’exposition de la serre-pépinière a donc été pensée en ce sens ; elle est positionnée en façade nord d’un bâtiment ce qui déroute toujours les promeneurs et les stagiaires qui viennent l’observer ou l’étudier. En dehors des plantes hydrophiles, l’excès en eau sera autant préjudiciable à la plante que le manque d’eau. La ressource en eau doit être accessible en abondance mais les planches de culture ne doivent pas en être saturées. Nous veillerons grâce à un système fonctionnant par capillarité (non détaillé ici) que ces conditions soient donc respectées. Comme la ressource en eau, l’apport de chaleur sera permis par plusieurs éléments ; ce point sera davantage développé ci-après. Il est possible de considérer que le début de la germination pourra se faire entre 8°C et 14°C pour la plupart des plantes potagères. Comme nous souhaitons avancer les cultures le plus tôt en saison, le point de la production et de la conservation de chaleur est à creuser tout particulièrement.

[Capter et stocker l’énergie]

Le principe constructif de la serre-pépinière fait appel à de nombreuses notions et astuces thermodynamiques. Pour faire simple, voici quelques-uns des leviers sur lesquels nous nous sommes appuyés pour avoir une « nursery » efficiente en énergie. Comme vu plus haut, « la fonction chaleur » est important dans ce design, elle doit donc être remplie par plusieurs « éléments » afin d’en assurer la résilience. Par ailleurs, au vu de la définition du besoin, nous avons comme objectif autant le maintien des calories que l’absence de surchauffe. Ainsi donc, (et pour faire très synthétique) les éléments qui vont permettre la fonction chaleur sont : l’arrivée d’air chaud par convection depuis la partie basse du bâtiment (bergerie), l’évacuation des gaz de fumée issus du poêle de masse qui traversent la serre-pépinière, l’exposition et l’orientation d’une partie de la toiture qui permet de réchauffer le volume le matin (là où elle en a le plus besoin), la profondeur (140cm) à laquelle elle est enterrée afin de bénéficier d’une température du sous-sol oscillant entre 3°C et 4°C en période très froide, le capteur solaire passif situé à plusieurs mètres et dont l’air chaud arrive dans le « plancher » de la serre-pépinière. Les pierre et les graviers du « plancher » qui accumulent les calories et les réserves d’eau installées à l’intérieur même du volume qui, elles aussi, assurent le stockage et de déphasage thermique.

[Solutions lentes et à petite échelle]chantier-pépinière

Démarrée au printemps 2017, cette serre-pépinière fut pensée bien avant. La lenteur est effectivement une valeur et une force dans la mesure où elle nous a permis ici d’effectuer quelques ajustements (technique et dimensionnement) au cours de sa construction. L’apport le plus important dans le contexte de la Ferme de la Cure et plus particulièrement vis-à-vis de l’objectif de la SEVE, est que chaque étape de construction de ce petit projet donne lieu à un chantier participatif avec les adhérents, à des ateliers avec les stagiaires des formations en permaculture, à des explications en « live » lors des visites de la ferme ou à des journées entre compagnons de l’Ecole de Permaculture. Dans notre contexte, cette lenteur est un véritable bénéfice puisqu’il permet à des dizaines de personnes de se former en faisant et de mieux appréhender tous les principes constructifs mis en oeuvre.

pépinière

Nous pourrions écrire des lignes et des lignes* sur cette modeste construction pleine de bon sens… Le mieux est encore de venir la découvrir par vous-même et pourquoi pas nous aider à fignoler quelques aspects de cet ouvrage lors des « samedis » organisés par l’Association la SEVE… Ce qui est important de relever ici c’est que ce projet fait partie d’une succession d’éléments qui sont reliés les uns aux autres pour l’harmonie de l’ensemble. Chaque construction répond évidemment à un contexte, à des besoins, à la notion de résilience mais ils répondent surtout à un cahier des charges mis en place par Charles sur le site de la Ferme de la Cure. Chaque ouvrage doit être « simple, accessible et reproductible » afin que tout un chacun puisse le comprendre, se l’approprier et construire quelque chose d’équivalent dans son projet. Cette serre-pépinière répond donc à une fonction particulière qui peut sembler bien loin (ou finalement pas tant que ça) de la nursery : inspirer !

*Il faudra attendre la parution du mémoire de diplôme (DPA) de Charles pour en lire l’intégralité 😉

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